une madeleine pour
marcel proust
(littérature et découverte)

le 5 mai 2000
avec jacques laval,
auteur d'ouvrages littéraires

 


Jacques Laval est un homme de 89 ans qui a passé une vie bercée dans un monde littéraire, allant de salons en réunions pour débattre des derniers ouvrages ...Il a côtoyé les plus grands écrivains de ce siècle.
Jacques est déjà venu à la cave du 222 l'année dernière, inaugurant ainsi nos premières soirées, avec une approche sur Kafka, Dostoïevski, Rimbaud (mardi 1er décembre 1998). Ensuite cet amoureux des mots et des lettres est venu en début d'année nous parler d'une facette méconnue, celle de Van Gogh écrivain (vendredi 5 novembre 1999), et ainsi nous a dévoilé les états d'âme de ce grand mais tourmenté peintre, grâce à une correspondance épistolaire échangée pendant plusieurs années avec son frère Théo.
Nous aimons beaucoup ces soirées car elles sont à la fois intimes et chaleureuses, cet homme nous plonge avec lui dans ce tourbillon et ses méandres inconnus de la riche vie des écritures littéraires...
Voici un petit résumé d' un auteur qu'il affectionne plus particulièrement :
marcel proust
(1871-1922)



en résumé :
né à Paris, marcel proust  est l'auteur de traductions, d'essais (Contre Sainte-Beuve, publié en 1954)
de récits (Jean Santeuil, publié en 1952), il domine l'histoire du roman français au XXè s. par l'ensemble de 
la recherche du temps perdu
( publié de 1913 à 1927) : le bonheur que son héros -le narrateur- a  recherché vainement dans la vie mondaine, l'amour, la contemplation des oeuvres d'arts , il le découvre dans le pouvoir  d'évocation de la mémoire instinctive qui réunit le passé et le présent en une même sensation retrouvée (la petite madeleine trempée dans le thé fait revivre, par le rappel d'une saveur oubliée, toute son enfance) : il vit ainsi un évènement sous l'aspect de l'éternité, qui est aussi celui de l'art et de la création littéraire.

sa personnalité :
Il est capable de provoquer des fous rires par ses imitations, ses caricatures, certains, comme Debussy, le trouvent un peu , trop friand de “ragots”.
ses amis s’efforcent d’avoir avec Proust le franc-parler que celui-ci leur réclame : confidences inavouables, secrets mortels, discrétions à toute épreuve : « Tombeau. »
Proust est capable d’un tact exquis, d’une extraordinaire compréhension, d’un manque absolu d’égoïsme, cependant, il faut que l’autre “soit là” ; désir impossible à satisfaire. Ses élans successifs, impétueux réclament des pactes que, de part et d’autre, on ne peut tenir. Alors, on se refroidit. D’où son incapacité de rester longtemps attaché aux absents. Quand il souffre trop, quand ses amis l’ont déçu, il tombe malade. Seulement dans son lit, il se sent en sécurité.
Le don d’admiration, la curiosité de Proust sont insatiables
Les relations de mère et de fils avait toujours été un mélange d’adoration et d’hostilité.

ses amis :
Reynaldo Hahn, Lucien Daudet, Bertrand de Fénelon, Cocteau, Morand, Jacques Rivière, Robert de Saint-Loup est la figure idéale de l’ami, attentif, raffiné.
Les amis du jeune Proust ont d’abord été de la haute bourgeoisie : Jacques Bizet, Lucien Daudet, Reynaldo Hahn, qui, dès le début, ont crû en son génie. Ensuite, il s’entiche de noblesse. Ses nouveaux amis, tous du même type de beauté, riches, attentifs, cultivés, prennent soin de ce jeune malade, affublé de plusieurs cache-col, de plusieurs manteaux, à la fois séducteur, généreux, exigeant, irascible.
Parmi ses amis aristocrates, Gabriel de La Rochefoucauld, le prince roumain Antoine Bibesca. ( Au retour d’un voyage, celui-ci demande à Proust : « Comment me trouves-tu ? » Proust répond : « Je te trouve moins. »
Et, surtout, Bertrand de Fénelon, le plus charmant de tous, dreyfusard, anticlérical. ( Un soir, au restaurant Larue, Bertrand de Fénelon, image du futur Robert de Saint Loup, par gentillesse, exécute une traversée de haute voltige sur le dos des banquettes, pour aller chercher le manteau de son ami, qui a froid. )
Avec tous ces amis, qu’au début, il inonde de lettres, le jeune Proust fait des excursions pour voir à midi, au soleil, le portail de Chartres, Reims, Laon, Amiens, Senlis. Comme lui, ces jeunes gens s’instruisent, refusent la bêtise, la paresse de l’ennui. Proust s’enthousiasme de trouver ses amis si curieux, tellement ouverts.

son style :
Non, non et non : Proust n’est pas trop difficile, illisible. Ses phrases ne sont pas toutes d’une seule page. Comme Rousseau, Descartes, ses phrases sont de longues pensées avec toutes les facettes, les nuances qu’elles entraînent. Flaubert lui a donné une leçon de style, il a loué son génie grammaticale, ses emplois de temps différents. Chateaubriand, Racine, Baudelaire, Nerval l’ont aidé. Si “La comédie humaine” de Balzac, de roman en roman, fait apparaître les mêmes personnages, Proust n’a écrit qu’un seul livre où des hommes et des femmes évoluent. S’il vivait surtout dans la résurgence des souvenirs de sa jeunesse, il s’amusait aussi à rechercher sur les visages de la vie des ressemblances avec des personnages de tableaux vus dans les musées

sa façon de travailler :
En 1910, Paris est sous les eaux, la Seine déborde, on va en barque place de la Concorde. Proust est plus isolé dans l’arche de Noé de son lit que par l’inondation. Il éparpille ses feuilles numérotées sur le plancher de sa chambre. Il dicte aussi à un secrétaire, avec toujours sa grande politesse : « Veuillez avoir l’obligeance de ... »...
...L’enfantement de la Recherche durera douze ans. Proust écrit dans son lit, sa position est inconfortable, autour de lui des carnets de notes en moleskine noire. Sans fin, il corrige, rature, retire, ajoute. Le résultat de cette grande fluidité, des surprises, des transformations de rythme, l’extraordinaire dynamique, la phosphorescence de son style.
La vie de Proust continue de s’affirmer dans le désordre sacré de sa chambre, dans l’odeur exécrable de ses nombreuses fumigations. A sept heure du soir, quand il se réveille, il tire la sonnette, on lui apporte son café au lait. Toute la nuit, il travaille. S’impose à lui cette certitude que le désir est vain quand il est assouvi, veut dépasser ce qu’on appelle péché, désespoir, pour arriver à cette réalité qui ne vient au jour que par la mémoire. La résurrection du moi profond est la véritable création.
La Recherche
a l’impétuosité d’un torrent, la lenteur de l’embouchure d’un fleuve, la minutie d’un microscope, la majesté d’une cathédrale. S’il a eu l’audace, l’honnêteté d’aborder des sujets interdits, il a surtout aimé les événements, les personnages les plus simples. Ce n’est pas la vérité de dire qu’il ne s’est intéressé qu’aux snobs et aux gens riches. Toute sa vie il ne pensera qu’à son oeuvre. Quand il se dira qu’elle est achevée, lui-même épuisé écrira : « Fin » ; et il mourra
Il se redit la phrase de Saint Jean : “Travaillez pendant que vous avez encore la lumière. Bientôt arrive la nuit, alors on ne peut plus rien faire.”Mais il travaille trop.


l'inspiration dans ses oeuvres,
ses oeuvres :
Très vite, hélas, l’amitié infidèle, insatisfaisante, incomprise, deviendra l’un des thèmes récurrents, un des leitmotivs de la Recherche. Proust écrira : « L’amitié, comme l’amour, est illusion. »
Le principal a toujours été pour lui la réalité de son passé ; en lui, il doit le trouver, le ressusciter. Une fois de plus, définitivement, il méprise le naturalisme de Sainte-Beuve qui a prétendu que, dans la vie, Baudelaire était un “gentil garçon”, et Stendhal, “un brave homme”. Le style seul pourra faire ressortir cette vie réelle, secrète, que la plupart des gens ne savent pas découvrir en eux. L’imagination pour cela compte plus que l’intelligence. Tant que Proust n’a pas atteint ces zones cachées, poétiques, il se considère comme un écrivain manqué.
Le temps perdu commence à réclamer d’être retrouvé. Il se débat, doute de lui-même, rédige des morceaux qui serviront plus tard, qui ne trouvent pas tout de suite leurs vraies places. Il écrit une série de Pastiches (Balzac, chateaubriand, Saint Simon, beaucoup d’autres). En les composant, il se débarrasse des influences littéraires ; avant tout il veut “être lui”. Par ces Pastiches, il prend conscience aussi de ses dons d’écrivain comique, pour qui la parodie est essentielle. Après Molière, Proust est celui qui fait le plus rire.

Sa claustration ne l’empêche pas d’avoir des recrudescences de passion pour la musique. Pour lui, cet art est le plus sublime, le plus subtil, le plus universel ; il touche l’âme. Cependant, chacun a sa grâce, sa mission ; lui, il écrit. Cependant, il affine sa sensibilité par l’audition sur “pianola” des compositeurs de son temps. Quand il est souffrant, il fait venir dans sa chambre des quatuors qui, pour lui seul, jouent Fauré, Beethoven. Pour ceux qui n’aiment pas la musique, l’intelligence se refroidit vite.
« La seule vraie vie, c’est la littérature. » La révélation ne viendra pas des écrivains contemporains ni de son admiration pour les génies de tous les âges, seulement de ce qu’il trouvera en lui-même.
Il publie les articles qu’il a composé sur Ruskin, sur la belle Venise, “le cimetière du bonheur qu’il ne reverra plus”. Mais, il faut être seul pour travailler.
Agostinelli, ami intime de Marcel, se noie dans la mer. Proust s’en rend coupable. Cette mort, ce désespoir donneront le livre : Abertine disparue.
Enfin, il va pouvoir faire paraître le premier volet de son grand livre : Un amour de Swann. Un succès. Il paye les frais de la publication “à compte d’auteur”. On admire sa vision intérieure, son style tellement nouveau. Cocteau, Morand, Mauriac, Rostand applaudissent.
Pris par son monstrueux travail, à la fois il se croit ruiné et continue de donner des pourboires exorbitants. Il a terminé la rédaction de Sodome et Gomorrhe.





...ambiance intime et chaleureuse...


pour en savoir plus ...un site : Proust Said That - Issue No. 7


présentation de la Cave - soirées du vendredi - programme


222 rue du faubourg saint-honoré paris 8ème
m° ternes / charles de gaulle-étoile / georges v