les mille et un vins de la vallée des rois
(découverte et dégustation de vins)

 

le 1 décembre 2000
avec dominique hutin, agitateur œnologique et culinaire
et patrick naulleau, oenologue amateur

 


" Ainsi est la Loire : à l'image d'une France riche et changeante, elle use de toutes ses facettes pour séduire le touriste de passage, le gourmet fidèle ou l'œnophile transi par tant de charmes conjugués. Peut-on imaginer région plus variée que ce long ruban bleu déployant ses atours au gré de vignobles aux caractères marqués. Plutôt que frères, les vins qui croissent ici doivent être considérés comme des faux jumeaux.

Certes, on trouvera quelques traits de famille en ces rejetons ligériens mais, à l'image d'une vraie famille, ce sont bien les particularités de chacun qui font la richesse de ce patrimoine. Paradoxe, les ondes du fleuve (de l'eau !) sont le meilleur des guides pour découvrir les trésors bacchiques (du vin !).

Le muscadet
Ainsi, le plus maritime des crûs (l'ami Muscadet) est-il le premier des ambassadeurs croisés en cette route de méandres. Souvent cantonné par des esprits chagrins à jouer les secondes rôles, le muscadet se pose-t-il plutôt en vin protéiforme, à la fois joyeux et aérien lorsqu'on l'apprécie dans sa jeunesse, offrant sa fraîcheur pour accompagner les produits d'une mer encore voisine. Ou, revêtu d'une noble livrée, tout en finesse et retenue, faisant valoir la patine du temps pour imposer d'autres accents acquis avec l'âge de raison. Il se fait alors racé, à même de tenir tête aux poissons les plus fins. Qu'on ne dénie pas au(x) muscadet(s) le droit de vieillir, ils savent très bien le faire pour peu que le millésime et le vigneron conjuguent leurs talents. Qu'il ait été vinifié pour être bu jeune ou qu'il ait été conçu pour dormir quelques années : à chacun son muscadet. Et n'oublions jamais qu'il n'est pas UN mais DES muscadets.

Le cabernet d'Anjou
Quittant le Pays Nantais, l'Anjou naissante s'offre à nous dans un de ces virages d'eau dont la Loire a le secret. La diversité se traduit ici par "équilibre".
Équilibre des couleurs puisqu'ici la palette du vigneron, en plus du blanc, est riche de rosé et de rouge. Mais aussi équilibre de saveurs, quand on sait la variété des sensations dues à la fraîche vivacité d'acidités bien venues, à la riche opulence des moelleux, à la délicatesse des demi-secs, à la légèreté des effervescents, à la grâce des rouges tour à tour friands, fruités ou ... sérieux.
Une fleur, la rose, pourrait illustrer la féminité accordée à certains vins.
C'est aussi une couleur et celle du Cabernet d'Anjou nous rappelle cette délicatesse. Jouant sur plusieurs registres, le doux breuvage use de ses charmes en mêlant sucre et acidité pour se muer en un inattendu compagnon apéritif et gastronomique.
Plaignons donc le buveur sans curiosité, confit dans sa suffisance, qui boudera de tels plaisirs et louons le Cabernet d'Anjou à qui nous devons bien des réjouissances entre amis.
La résonnance du nom "Anjou-Villages" nous rappelle que le vrai vin ne croît pas abrité par de grandes entités industrielles mais qu'il est marqué du sceau d'une certaine proximité : celle de vigneron et de son vignoble. Le fait que certains sites aient été identifiés comme remarquables (les "Villages") nous ramène à l'idée de la diversité et de la richesse : les terroirs. Cette même notion de villages sous-entend une certaine antériorité, signe d'une longue observation par les vignerons des décennies passées ...
Le caractère de ces Anjou-Villages permet d'imaginer des accords gastronomiques où la franchise le dispute à la finesse.

Le Saumur-Champigny
Même le buveur d'eau le plus endurci oublie sa phobie des nectars, bombe le torse et finalement est prêt à lever haut l'étendard du bon goût français, à la seule évocation du mot magique : Saumur-Champigny.
Depuis longtemps connu de tous, l'emblème du Saumurois a conquis bien des capitales. Aimable en sa jeunesse, il sait tenir ses promesses, se faire grand et fin pour qui sait l'attendre.
Qui quitterait la région sans avoir goûté à ces joyaux que sont les Coteaux du Layon ne pourrait prétendre avoir approché l'identité angevine.
Hormis la volonté inébranlable de faire des vins de haute-couture, il faut sacrifier au rite des passages successifs dans les vignes pour des vendanges étalées dans le temps où seuls les raisins les plus mûrs trouvent grâce aux yeux du vigneron.
Comment font-ils ces diables de vignerons pour transformer le raisin en or ? Touraine ! Tel le navigateur des siècles passés s'égosillant à la vue d'une bande de terre promise, le gastronome sait qu'il peut ici demander l'asile gourmand et satisfaire sa soif.
On peut ici être orphelin et revendiquer une filiation : celle de Rabelais bien sur, dont l'empreinte (gargantuesque !) marque toute la région.

Le Sauvigon de Tourraine
S'avance le premier avatar de la région, ami du fromage de chêvre, le Sauvignon de Touraine dont le large territoire lui permet de prendre des accents changeants au gré des caractéristiques de cette grande mosaïque. Vin ayant initié bien des vocations d'œnophiles, il suffit qu'on veuille le circonscrire à un rôle de vin facile pour qu'il se fasse fruité, fleuri, gras, long.
Mais la Touraine n'est pas que blanche : évoquer Rabelais et taire Bourgueil relève du crime de lèse-majesté pour l'un comme pour l'autre.
Voici un bel exemple de ce que peut faire la Loire. Enjoués et guillerets pour les plus souples, les Bourgueils se font aussi ambitieux, avec des tanins d'une belle élégance. Ces derniers n'ont pas peur qu'on les oublient plusieurs années, sûrs de leur fait et prêts à récompenser de leur sêve l'amateur patient.
Non content d'être un bel étendard ligérien, le Bourgueil ne fait pas que tirer à lui la couverture : il n'oublie pas de mettre à l'honneur la riche gastronomie locale.

Le Vouvray
Le tourangeau - citadin, donc - est mieux nanti que bien des pensionnaires des villes : il vit dans le voisinage d'un joyau abrité dans les (presque) faubourgs de la ville, le Vouvray. Appuyé sur le magique cépage chenin, le Vouvray se joue des sucres, de l'acidité, les alliant, les opposant pour finalement accoucher de trésors à même de se faire aimer dans leur prime jeunesse ou, au contraire, bâtis pour affronter le siècle. Là encore, le buveur obtus se privera de bien des surprises en n'honorant pas sa table d'une bouteille de Vouvray. "

Dominique Hutin





Première dégustation :
Étaient réunis une cinquantaine de personnes aux connaissances, âges et motivations diverses. Les vins n'étaient pas servis à l'aveugle.
Sous le sceau de la convivivialité et, pour certains, de l'initiation, la dégustation a vu se succéder l'ensemble des vins mettant à l'honneur la production ligérienne.
Ainsi, les connaisseurs ont pu découvrir de nouveaux vins, les néophytes et les gourmands satisfaire leur soif de connaissance et tous passer un excellent moment grâce à cette carte postale ligérienne.
Session animée par : . Patrick Naulleau, Œnologue. Dominique Hutin, Journaliste-Dégustateur.


Seconde dégustation : Étaient réunis une dizaine de personnes parmi lesquels des amateurs avertis, deux cavistes parisiens, deux journalistes. Les vins étaient servis à l'aveugle, carafés, sauf mention contradictoire.


Commentaires de la dégustation (par ordre de service) :


Touraine Sauvignon 99 - Ch. de Pocé - Non carafé.
La robe est pâle. Un premier nez très légèrement réduit évolue avantageusement à l'aération pour évoluer sur des touches de violette, bonbon anglais, citron confit. En bouche, l'attaque moyennement vive est frisante, fraîche. Une amertme bien placée joue sur la longueur complétée par un gras indéniable.
Accords : Tartine de chêvre, apéritif.

Muscadet 99 - Ch. de Cléray
La robe pâle présente des reflets verts. Le nez autour d'arômes floraux présente des notes mentholées. la bouche, encore marquée par le gaz carbonique, laisse filtrer des notes d'amande, de peau de pêche. après une attaque moyennement vive, ce vin assez puissant sur la longueur présente une certaine minéralité contenue par le gras. Accords : Poissons vapeur, Bouillon aux herbes, fromages de brebis vieux.

Muscadet 86 - Ch. de la Mercredière
Robe pâle à reflets verts plus intense. Nez légèrement confit, mentholé avec des notes de passiflore, miel, nèfle et agrumes. Une attaque grasse aussitôt relayée par l'acidité puis de légères notes d'évolution. Un vin présentant de jolis équilibre et fraîcheur..
Accords : Avec des Saint-Jacques, poissons, purée dense aux truffes.

Cabernet d'Anjou 99 - Dom. des Noëls
Le nez d'abord discret tend vers les fruits rouges, le sirop. En bouche, l'attaque est crêmeuse, fraisée, texture liquoreuse, datte sèche. Ce vin recherche l'équilibre sucres/acidité.
Accords : Tajine de perdreaux aux pruneaux aux olives, viandes blanches, cailles aux raisins.

Bourgueil - Hubert Audebert
Problème d'échantillon.

Saumur-Champigny 97 - Maison des Vignerons
Assez marqué par le millésime, présente un nez avec des notes lactiques et des touches de cerise noire et compote de fruits confits. Fin sur le noyau et peau de poire.
Accords : Viandes blanches et rouges, fromages pas trop forts.

Anjou-Villages 98 - Vincent Ogereau
Vin d'encre pour la robe. Au nez, se dégagent la cerise, des notes animales. Un joli nez avec une belle définition. En bouche, de beaux tanins, une trame serrée, cacao, pruneau, fruits murs.
Accords : Viandes grillées, plats en sauce et viandes, colombo de pors, travers de porc marinés et grillés.

Vouvray 98 demi-sec - Dom. de la Rouletière
Nez typé de jeune chenin avec du tilleul, botrytis puis légères notes d'évolution (miel). La tendresse du chenin est mariée à une acidité bienvenue. Assez marqué par le millésime, présente un nez avec des notes lactiques et des touches de cerise noire et compote de fruits confits. Fin sur le noyau et peau de poire.
Accords : Charcuteries, poissons à la crême.

Coteaux du Layon 99 Cuvée Sophie - Ch. des Rochettes
Un beau chenin à l'attaque moelleuse sans caricature. Une belle concentration tout en restant aimable, facilitant les mariages culinaires pour ce vin encore jeune.
Accords : Apéritif, fromages bleus pas trop gras, foie gras frais.


Pour en savoir plus :

Dominique Hutin
AOC- Agitation Oenologique & Culinaire
76-78 rue du faubourg Saint-Antoine - 75012 Paris
Tél / Fax : 01.44.73.44.97

E-mail : a_o_c@club-internet.fr Site Web : http://perso.club-internet.fr/a_o_c/
 


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