Pour y voir plus... net

mardi 12 janvier 1999
Rémi Chéno, aumônier national des grandes écoles
ancien webmaster de la province de France des Dominicains

introduction : qu'est-ce qu'Internet ?

C'est quelque chose d'assez mystérieux ; ce qui est le plus mystérieux, c'est que ça marche ; comment, on ne sait pas trop, et d'ailleurs cela n'a pas d'importance. Qui gère, on ne sait pas non plus tellement, et cela n'a pas plus d'importance. Mais alors, que peut-on en dire ? Internet, c'est la mise en relation d'ordinateurs à travers le monde. À quoi cela sert-il ? À rien, s'il n'y a rien sur ces ordinateurs !

serveurs, sites, mail, web...

Les ordinateurs en question sont des grosses machines, assez puissantes, qu'on appelle des serveurs, et qui stockent des données de diverses natures : texte, image, son, vidéo... bref, tout ce qu'il est possible de numériser. Les serveurs peuvent aussi contenir des boîtes aux lettres. Les données qu'on trouve sur les serveurs sont de deux types :

les données publiques
qui sont principalement présentées par les sites web : un ensemble d'informations sur un thème donné et librement accessibles. Il y a aussi les forums consacrés à des sujets précis : chacun peut laisser un message (p.ex. une question), et les autres utilisateurs peuvent ensuite lire ce message et y répondre.
les données privées
principalement les e-mails (courriers électroniques), qui attendent dans une boîte aux lettres sur le serveur que leur destinataire vienne les lire. L'accès à une boîte aux lettres est protégé par un mot de passe.

oublier le réseau

L'utilisateur perd rapidement de vue la matérialité du réseau de télecommunication qui constitue le support matériel d'Internet : en fonctionnement normal, on ne se soucie pas du tout de savoir où se trouve géographiquement le serveur auquel on est connecté. On ne reprend conscience du réseau physique qu'en cas de problème : panne d'un composant, surcharge du réseau.

créer son site

Pour illustrer son propos, le frère Rémi Chéno présente la genèse du site web de la Province de France des Domincains. Comme souvent, il y a l'origine la curiosité d'une personne seule, qui a voulu tenter l'aventure de présenter la province à qui voudra. Il a donc commencé par parler de la province, avant de s'apercevoir que cela n'intéresse pas toujours les visiteurs. C'est d'ailleurs le défaut majeur de nombreux sites que de parler de soi, de ses vacances, ou de son chien...

Pour qu'un site soit intéressant, il faut qu'il offre un réel service. La première idée fut de mettre en place la consultation de la Bible de Jérusalem (© Editions du Cerf) sur le site, ce qui a eu immédiatement du succès. Puis il a fallu trouver autre chose. Une session a été organisée avec les jeunes frères dominicains pour remodeler le site. Le résultat est visible actuellement à l'adresse : http://france.op.org. À côté des informations sur l'Ordre, qui subsistent au second plan, on trouve des liens vers d'autres sites, classés par catégories.

naissance d'un cyber-apostolat

Mais le plus important service qu'offre le site des domincains s'est révélé peu à peu : de nombreux visiteurs du site ont posé des questions, parfois très personnelles, au webmaster. Répondre chaque jour à une dizaine de questions, à quelqu'un dont on ne connaît ni la sensibilité, ni la culture religieuse, ni les expériences passées... est un véritable "cyber-apostolat". Les questions, qui peuvent paraître maladroites de prime abord, cachent souvent des interrogations authentiques et profondes.

les difficultés d'un dialogue

On peut retenir de cette expérience plusieures idées :

  • tout d'abord le narcissisme ne paie pas : parler de soi et de sa petite vie n'intéresse personne. L'intérêt du site, c'est le service qu'il apporte aux gens, et c'est finalement une bonne façon de parler de soi que de s'intéresser aux autres et de montrer quels services on peut leur rendre.
  • l'Église a bien évidemment sa place sur Internet, comme à la télé ou ailleurs. Pour autant, ce n'est pas un média comme un autre. Certaines choses en outre ne sont pas possibles, non seulement dans le droit canon (impossibilité de confesser par courrier électronique, par exemple), mais encore dans la simple façon de mener une discussion avec d'autres.

On peut presque édicter une "loi d'Internet" : ce qu'on dit est toujours pris de la façon la plus défavorable possible par l'interlocuteur. Il manque tout le contexte (tonalité de la voix, connaissance personnelle de l'autre) qui permette de saisir les intentions et les arrières-pensées de l'auteur. Sur certains forums, les discussions dégénèrent fréquemment en flame (surenchère interminable et virulente).

La principale raison en est qu'on on ne prend pas le temps d'écrire :

  • ni au moment de la frappe du texte (on abrège au maximum, avec beaucoup d'acronymes), ce qui appauvrit le style et lui ôte toute valeur expressive, rendant délicat la compréhension des sous-entendus ;
  • ni pour peser ce que l'on va dire, le manque de réflexion conditionnant un absence de profondeur du discours.

Curieusement, si l'on ouvre la discussion en privé avec les intervenants d'un forum, le ton change devient plus ouvert. C'est d'ailleurs ce qui est à l'origine des mailing list, où l'on trouve en général des contributions plus longues et plus posées. Il faut toutefois modérer ce jugement sur les groupes de discussions : quand le sujet porte sur des questions techniques, les polémiques sont plus rares.

On pourra retenir un bon conseil : pour se donner toujours le temps de la réflexion, il serait souhaitable de ne jamais répondre de suite à un e-mail, mais d'attendre un jour - discpline difficile à respecter, puisque l'intérêt du mail, c'est qu'on peut justement répondre de suite.

les peurs d'Internet

Enfin, il y a toujours les défiances habituelles concernant Internet : la sécurité, la fiabilité des informations qu'on y trouve, les sites licencieux.

  • pour la sécurité, il faut garder en mémoire que les virus existaient bien avant qu'on raccorde les entreprises à Internet, et que les dégâts causés par ce biais restent largement inférieurs aux dommages causés par la malveillance interne des propres employés de l'entreprise ;
  • pour la fiabilité des informations, effectivement, rien n'empêche la désinformation sur le web. Mais en général, il reste possible de vérifier d'une certaine façon les sources, en allant préférentiellement sur les sites d'insitutions déjà reconnues : les informations qu'on trouvera sur le site du Monde sont les mêmes que dans le quotidien.
  • pour les sites licencieux, ils sont très nombreux, c'est un fait. Mais personne ne vous oblige à aller les voir. De plus, ce n'est pas une spécificité d'Internet. Le problème n'est pas tant du côté du web que de l'utilisateur. Internet met en oeuvre une liberté beaucoup plus grande et directe que tout ce à quoi les français ont été habitués en matière d'information.

une totale liberté de l'information

C'est sans doute cela qui pose un problème : c'est l'exacerbation du sens de la liberté individuelle qui fait peur, beaucoup plus que les caractéristiques intrinsèques des réseaux informatiques. De toute façon, serait-il possible de contrôler tout cela ? Sauf à employer des méthodes staliniennes, c'est une pure utopie. Les décisions de certains organismes français prêtent à sourire. Les critères économiques sont hélàs un mode de régulation autrement plus efficace. En fait, chaque utilisateur doit se discipliner pour apprendre à se servir de cet outil tout en exerçant son jugement critique.

pour aller plus loin

  • pour mieux connaître Internet, on conseillera le site UNGI (Un Nouveau Guide Internet), présentant de façon complèet et accessible toutes les notions importantes pour l'usage du réseau des réseaux.
  • pour ceux qui souhaiteraient d'autres textes abordant explicitement la question de la présence des chrétiens sur Internet, voir le dossier "Internet et les Chrétiens" réalisés par les étudiants de la communauté chrétienne de l'Ecole Centrale Paris. Par ailleurs, n'hésitez à nous faire part de vos réactions et commentaires.



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