Protestants, catholiques :
une fraternité à redécouvrir

mardi 19 janvier 1999
avec Isabelle Pierron,
pasteur de l'Eglise Réformée de France

Mme Isabelle Pierron est pasteur de l'Eglise Réformée de France, dans la paroisse protestane de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) qui compte quelques 250 familles protestantes. Mariée, elle a trois enfants, et son mari travaille en province.

naissance de l'Eglise Réformée

Le mot de "réformée" renvoie à la Réforme, ce grand mouvement historique initié autour de Luther en Allemagne et de Clavin à Genève. Luther, moine augustin allemand prend conscience, relisant une nuit de tempête l'épître de Saint Paul aux Romains, que c'est par la foi et la foi seule que le juste est sauvé.

Dès lors, Luther, qui est un religieux catholique, veut imprimer un mouvement de réforme à l'Eglise. Mais l'affaire des placards (un texte de Luther, critiquant la pratique des indulgences organisées par le Vatican pour financer la construction de la basilique Saint-Pierre à Rome, est placardé sur les portes des églises) lui vaut l'inimitié de la hierarchie catholique qui finit par l'excomunier.

Mais déjà, l'un des idées maîtresses de la Réforme est présente : tout le monde peut lire la Bible, qui n'est pas réservée au seul clergé. Par chance - ou par grâce divine - cette position coïncide avec l'invention de l'imprimerie par Gutemberg, qui facilite la diffusion de la Bible dans tous les foyers.

Cinquante ans plus tard, Calvin, qui n'est pas religieux mais juriste, s'exile à Genève et met au point toute une organisation ecclésiale (Luther, lui, ne s'intéressait qu'à la théologie). On parle à partir de là d'Eglise Réformée, ou pour les opposants, de "Religion Prétenduement Réformée".

diversité du protestantisme

Aujourd'hui, l'Eglise Réformée de France regroupe les calvinistes, qui sont de loin les plus nombreux des protestants en France. On compte aussi quelques luthériens, qui sont plus proches des catholiques, autant dans l'organisation ecclésiale (il y a des évêques par exemple) que dans la liturgie.

C'est une caractéristique importante que cette diversité du protestantisme. Le revers de la médaille est le risque de voir n'importe qui fonder sa chapelle, voire sa secte. Heureusement, il y a en France la Fédération Protestante, dont la charte fonctionne comme un garde-fou, et un moyen de savoir où se situe telle Eglise protestante.

entre catholiques et protestants...

Il important avant tout de ne jamais faire de la différence un instrument de combat, un prétexte à l'affrontement stérile. Il y a d'abord beaucoup de choses qui rassemblent protestants et catholiques : Dieu, précisément Dieu incarné en Jésus Christ, la Bible, et la Bonne Nouvelle de la grâce qui sauve. Il y a aussi un seul baptême.

En général, les différences sensibles sont dans le domaine ecclésial. Un pasteur peut se marier, à la différence d'un prêtre catholique. Les pasteurs protestants sont trop nombreux pour être tous payés, si bien que certains ne peuvent pas trouver de paroisse et doivent attendre, tandis que les prêtres catholiques sont peu nombreux et doivent prendre en charge plusieurs paroisses. Deux sacrements seulement sont reconnus, le baptême et la cène - ce qui ne signifie pas que les protestants méprisent les autres signes que les catholiques reconnaissent comme sacrements (mariage, ordination, etc.).

La place de Marie est évidemment une différence traditionnellement forte. Historiquement, on s'aperçoit que Luther a corrigé des excès réels (dans la sacralisation de Marie) par des excès inverses (la figure de Marie devenant extrêmement discrète). Comme cela arrive dans tous les conflits humains, plus l'Eglise Catholique se radissait, plus Luther se radicalisait dans sa critique. Mais il est intéressant aujourd'hui de saluer le travail du Groupe des Dombes, qui réunit 40 théologiens à parité entre catholiques et protestants. Récemment, ce groupe a publié un important travail sur la place de Marie vue dans les deux traditions.

les petits riens qui fâchent

D'autres points marquent aussi la différence : l'absence de dogmes dans l'Eglise Réformée, du moins des dogmes tels qu'ils existent dans l'Eglise Catholique. Il y a une charte, une discipline qui concernent le vivre ensemble et fonctionnent comme un droit commun plus que comme un corpus théologique. Autres sujets de divergence : la fonction du pape, l'idée que c'est la foi seule et non les actions qui sauvent...

Mais ce sont en fait surtout les petites choses de la vie courante qui peuvent blesser les uns ou les autres. Dans ce domaine, la position minoritaire des protestants en France joue un rôle considérable : il est toujours difficile pour la majorité de se souvenir qu'elle n'est pas seule. Par exemple, les catholiques peuvent oublier de bonne foi qu'ils ne forment pas à eux seuls l'Eglise de France. La communication des JMJ, sur ce domaine, a plutôt contrarié les protestants (sans parler de la date de la messe de clôture, qui coïncidait avec celle du massacre de la Saint-Barthélémy). Plutôt que des oppositions institutionnelles, c'est parfois le sentiment pénible d'être laissé de côté qui peut provoquer des blessures et porter atteinte à l'unité.

l'unité dans la diversité

Mais retenons surtout que s'il y a des choses qui nous séparent, ce n'est pas pour autant qu'elles nous divisent. "L'unité dans la diversité" est le titre d'un très bon livre. La diversité est une richesse. Il n'est jamais bon de dramatiser la différence entre catholiques et protestants, et ce n'est sûrement pas évangélique. D'ailleurs, les divergence entre chrétiens ont toujours existé, il suffit de relire l'histoire du premier Concile de Jérusalem dans les Actes des Apôtres !

On parle baucoup de l'unité des chrétiens, mais cette unité, c'est Dieu qui la fait. Les manifestations obligées (comme la semaine pour l'unité des chrétiens) ont quelque chose d'agaçant parfois. C'est bien sûr une occasion pour prendre conscience, mais ce n'est pas une obligation, surtout quand on fait déjà beaucoup ensemble.

devenir pasteur

Il y a d'une part une question de vocation personnelle dont il est très délicat de rendre compte publiquement. C'est dire pourquoi on aime celui ou celle qu'on aime : c'est le même mystère d'une rencontre, ici avec Dieu.

D'autre part, il y a l'installation dans une paroisse. La méthode prore à l'Eglise Réformée de France, quand une paroisse cherche un nouveau pasteur et qu'un pasteur cherche une communauté, consiste en une rencontre entre le pasteur et la paroisse, représentée ar son conseil presbytéral. Le pasteur prêche une fois devant la communauté avant l'installation.

Il n'existe pas d'ordination, mais une commission des ministères dans l'Eglise Réformée, qui fait passer une sorte d'examen au candidat au ministère de pasteur. La formation comprend un diplôme de théologie protestant (DESS) et une période de "stage" dans une communauté. Au terme, on procède à "l'inscription au rôle des pasteurs".

jeunes et laïcs dans l'Eglise

Catholiques et protestants se posent les mêmes questions sur la désaffection des jeunes. Plusieurs attitudes sont possibles. Pour les plus jeunes enfants, il paraît important de préserver une formation religieuse (l'instruction protestante dure de 7 à 15 ans). Mais ensuite, il faut savoir laisser un peu la paix aux jeunes. Après avoir semé, il faut relâcher la pression, pour ne pas exaspérer les jeunes. D'ailleurs, on les voit souvent revenir au début de leur vie d'adulte.

La place des laïcs ne se pose pas dans les mêmes termes, puisque chez les protestants il n'y a que des laïcs : le pasteur n'est pas un clerc mais un laïc qui reçoit une charge particulière. Mais dans les deux cas, on assiste à une évolution du rôle : fini le prêtre ou le pasteur qui attend dans son église ou son temple qu'on vienne l'écouter. Il faut sortir, aller à la rencontre, et les visites sont de plus en plus importantes. Aujourd'hui, il y a de plus en plus de gens fragilisés par la vie, l'Eglise doit aussi être là. Le culte et la messe ne sont pas les seuls lieux d'action communautaire.


présentation de la Cave - soirées du mardi - programme


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