le désir :
maître ou serviteur ?

mardi 2 février 1999
avec Thierry-Marie Courau,
dominicain, théologien

que faire de notre désir ?

Emboîtant le pas aux média et aux publicitaires, qui présentent volontiers le désir sous un jour attractif, une partie de l'opinion publique va jusqu'à le revendiquer comme un droit. Certains l'identifient, au contraire, à une résurgence de notre nature animale et le jugent donc presque dangereux.

Entre ces deux attitudes, notre société semble éprouver des difficultés à répondre à ces questions : qu'est ce que le désir ? Est-il, en soi, légitime ou répréhensible ? Peut-il ou doit-il être contrôlé par la volonté ?

C'est pour lever un coin du voile que Thierry-Marie COUREAU proposait aux amis de la Cave du 222 une réflexion sous forme d'une "maïeutique de groupe".

d'où vient le désir ?

L'assistance s’est tout d’abord attachée à définir l’origine de ces élans qui nous animent et que nous nommons parfois abusivement désir : ils trouvent généralement leur source dans l’absence d’une chose ou d’un être. Cependant, ces manques, qui peuvent être de nature biologique, psychologique, affective, masquent souvent un manque plus profond, qui nous est constitutif et qui se traduit par une double angoisse : être abandonné et ne pas être aimé.

par-delà besoin et appétit

Nos inclinaisons vers les choses et vers les êtres apparaissent alors de trois ordres. Tout d’abord, celui du besoin : il relève d'une nécessité vitale, comme manger ou dormir, qui appelle à être satisfaite. Atténué, chez l'homme, par la force de la volonté, il reste cependant impérieux.

Vient ensuite l'appétit, aussi appelé pulsion : il naît de stimulations externes (celles de nos sens) et internes (de notre mémoire, de notre imagination), qui entraînent une excitation neurologique dont le terme est le plaisir.

Le désir reprend et assimile ces deux penchants pour les dépasser. Il est un moteur psychoaffectif qui nous porte hors de nous-mêmes, vers l’objet de notre quête et trouve son terme dans la joie.

La différence réside ainsi dans le but vers lequel nous tendons : en effet, le besoin et l’appétit considèrent toujours le bien convoité sous le seul angle de l’objet. Recherché pour son assimilation, son absorption, son asservissement, le bien est nié comme ayant sa propre bonté, qui est celle d’être, par lui-même. Sa valeur n’existe que par rapport à nous, à l’usage que nous en faisons.

l'autre, comme un sujet

Le désir est à même de transformer cette approche du bien en vue de le respecter, de lui reconnaître une valeur intrinsèque. D’objet, l’être convoité devient alors sujet.

Le désir révèle ainsi une incomplétude, une absence, qu’il nous pousse à combler. Il nous place dans une situation d’attente que nous pouvons transformer en mainmise sur l’autre ou en capacité d’accueil de l’autre.

Toute notre vie de relation va se situer entre ces deux attitudes...

 


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