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Vivez l'avent avec jubilatio !

 
un temps pour entrer dans le jubilé.....  
  Naître à la Parole :
pour que la chair devienne Parole
Is 63,16b-17,19b:64,2b-7
Psaume 79
1 Cor1,3-9
Marc 13,33-37

1er dimanche de l'Avent
le cri du peuple


« Reviens Seigneur, écoute mon appel »
« Dieu de l'univers, reviens ! »
« Révèle ta puissance et viens nous sauver ! »
En ce premier dimanche de l'Avent, voici quelques cris parmi des milliers qui parcourent l'histoire du monde.
La Bible, en particulier, est un témoin de cet immense cri des hommes et des femmes qui ne cessent de se débattre dans l'existence pour une vie de liberté, de justice, de paix ou pour la vie tout simplement.

Pour vivre, oui, pour vivre.
Pouvoir vivre sur une terre, avec une famille, un abri et de quoi se nourrir, cela n'est pas donné à tous.
Pour tenter de vivre, un cri, trop souvent silencieux, se fait entendre, celui de centaines de millions d'humains qui survivent dans des conditions sous-humaines.
Ce cri c'est peut-être aussi le nôtre, quand nous voulons vivre alors que le handicap, la maladie et la mort semblent roder en maîtres dans notre existence.
Le cri que nous osons alors lancer est un cri qui demande la guérison, le prolongement de la vie, un cri qui requiert un thérapeute, un sauveur.

Mais au-delà du maintien dans la vie et la santé, nous avons un autre désir, celui de la liberté. Des esclavages affectifs, économiques, professionnels, politiques ou psychologiques, nous entravent, nous tordent, nous réduisent, nous angoissent, nous oppressent.
Alors, oui, à nouveau nous crions, nous gémissons comme les Hébreux, des Hébreux riches, mais des Hébreux esclaves en Egypte.
Nous crions, nous demandons un libérateur, quelqu'un qui intervienne, qui vienne nous sortir de là. « Dieu de l'univers, reviens ! »

Vivre soit, être libre soit, mais que peut signifier l'apparente liberté d'une vie sans justice ?
Ne pas être respecté dans sa race, dans sa religion, dans ses opinions, dans ses modes de vie, pousse l'homme à tenter la révolte, à manifester une colère, à pousser un cri d'alarme.

Notre monde est parcouru par ces cris : « Non, cela ne peut pas durer. Assez, arrêtez. »
Des cris souvent étouffés par l'indifférence, ou étouffés dans la peur ou la torture.
Des cris de sans voix menant au désespoir, des cris de sans-cri menés à la mort.
Nous sommes dans l'attente que la justice se lève. Elle seule peut donner à voir la paix, elle seule rayonne de la paix.
Vivement le temps où sera donné à chacun ce qui lui est dû, car alors la paix se donnera à vivre. Et la vie deviendra un cri, elle deviendra un cri de joie, la vie deviendra une jubilation. Je deviens lyrique, je m'égare, les textes d'aujourd'hui ne nous conduisent pas encore à ce temps.

Revenons à ce cri de détresse.
Le cri , frères et soeurs, notre cri est une déchirure de l'être qui nous ouvre à une parole à venir. Un geste, un regard, un mot, un hurlement, un courrier, une peinture, un passage à l'acte, un comportement en décalage, peuvent être un cri vers l'autre.
Quand nous crions, c'est tout notre être qui se déchire et se met en marche, qui sort de lui- même, qui ose lancer quelque chose vers l'extérieur.
Ce cri, s'il est reçu, s'il est entendu, va nous mettre en marche vers une nouvelle naissance, celle de la naissance à la Parole. Ce cri sera-t-il entendu ? Qui sera là pour l'entendre ?

Quand l'enfant naît, il crie. Si par là, il cherche d'abord à respirer, en s'entendant crier, il se découvre existant ; capable de se percevoir par l'extérieur. Il comprend rapidement que ce cri est entendu, car après la sienne, une voix vient à lui, celle de sa mère ou de la sage-femme.
Peu à peu il naîtra à la parole.
S'il peut venir à la parole, s'il peut passer du cri à la parole, c'est parce que ce cri est entendu, c'est parce qu'il est reçu.
Nous aussi, parce que nous pouvons être entendus, nous sommes appelés à passer du cri à la Parole, nous sommes appelés à une nouvelle naissance, à la naissance dans la Parole, à la naissance de la Parole en nous, à la naissance à la Parole.

Naître à la Parole, frères et soeurs. Ne serait-ce pas l'enjeu de nos vies ?
Dans ce chemin de la chair vers la Parole, tout commence par un cri, un cri d'appel et tout se termine par un cri, un cri de joie.
En ce premier dimanche d'un Avent qui précède l'entrée dans le Grand Jubilé du Millénaire, un cri se fait entendre.
C'est le cri d'un peuple, c'est la déchirure qui se fait jour au sein d'un peuple qui connaît son libérateur, qui a déjà fait l'expérience du salut et qui fait aujourd'hui l'expérience de son propre éloignement, de son propre refus de Dieu.
Ce peuple aspire à une vie nouvelle.
Il ne s'en sort pas tout seul pour aller vers la rive de la liberté, de la justice et de la paix.
Vers la rive de la vie où règne la Parole.
Son cri n'est pas un cri vers nulle part, il s'adresse à Dieu, il est une mise en cause, une recherche de sens et une accusation.
« Pourquoi, rends-tu nos coeurs insensibles à ta crainte ? »
Son cri conduit le peuple à la porte de la Parole, à la porte d'où viennent l'air et la lumière, porte sous laquelle un courant de vie et de joie souffle et s'introduit presque subrepticement.
En tentant le cri, le peuple dans toute l'épaisseur de sa chair tente la venue à la Parole.
Par le cri tant bien que mal, une relation est établie à nouveau avec Dieu.
Le cri du peuple est comme une requête d'enfant qui fait des bêtises et qui reproche à ses parents de le laisser les faire. Il hésite entre la question du sens et l'accusation : « Pourquoi nous laisses-tu faire », « pourquoi nous laisses-tu nous tromper ? », « Pourquoi ne nous contrains-tu pas à t'obéir ? ».

Ce cri est une déchirure qui signe le désir du peuple de vouloir élargir son coeur, de vouloir sortir du marasme et de l'angoisse, de la vie sans but, de vouloir respirer. C'est une porte qui s'ouvre dans le coeur.
C'est aussi une invitation, presque désespérée : « Reviens, reviens, Seigneur, pourquoi tarder, pourquoi attendre ? » « Tu es un Dieu puissant, tu peux faire fondre les montagnes, alors pourquoi ne viens-tu pas nous changer d'un coup de baguette magique, pourquoi ne viens-tu pas transformer ce monde, même contre lui-même ? »

Frères et soeurs peut-être que notre peuple n'ose plus lancer de cri vers Dieu. peut-être nous disons-nous : Dieu n'entendra pas à notre cri, alors à quoi bon ?
Ou bien, j'ai trop honte, pourquoi déranger Dieu ? Finalement, mieux vaut se débrouiller avec son malheur. Pourtant, toute la Bible parle de l'écoute et de la réponse de Dieu.
Dieu parle par ses actes de salut.
Dieu envoie en réponse au cri de l'homme, sa parole de salut.
Sa Parole qui vient à nous dans la chair, c'est le Christ. C'est en elle que nous sommes appelés à naître à nouveau.
Pour nous aussi, qui sommes un peuple en quête de vie, c'est en osant le cri, aujourd'hui, qu'au coeur de notre déchirure, la Parole de Dieu pourra naître en nous.
C'est elle qui dès aujourd'hui réponds à notre cri par un cri : « Veillez », « Veillez », « Le moment du salut viendra » « Tenez-vous à la porte et Veillez ».

frère Thierry-Marie COURAU

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