Contemplation Marie-Madeleine se prête à la rencontre

NOTRE monde, aujourd'hui, se donne des apparences d'insouciance, d'enthousiasme. Pourtant, la réalité qui s'offre à nous n'est-elle pas plutôt celle de l'inquiétude face à l'avenir ? Grande solitude intérieure, doute par rapport à la durée, mépris pour la fidélité par manque d'exemples, interrogation sur la possibilité du bien, la reconnaissance de la réalité se vit comme un choc, une déception et une désillusion face à un avenir sans joyeux lendemain.

Combien ne se sentent-ils pas au fond d'eux-mêmes sur une voie de garage ? Chacun alors remplit sa vie avec ce qu'il peut : des études pour faire carrière, des actes pour en mettre plein la vue - peut-être d'abord à soi-même -, de la drogue pour s'évader, des sectes qui promettent le bonheur. L'accumulation d'expériences de toutes sortes finissant en échec, on peut finir par douter : « avec tout ce que j'ai fait comment pourrais-je encore être aimé, reconnu comme quelqu'un de bien, être accepté ? ». Par désespoir ou peut-être simplement par errance, car une telle vie ne vaut pas le coup d'être vécue, certains vont même jusqu'au suicide.

Ne croyons pas trop vite au bonheur. Beaucoup d'entre nous ont au fond du cœur de grandes détresses que souvent nous ne savons pas voir, ou qui ne se disent pas. Combien d'entre nous, et beaucoup plus nombreux qu'on ne le pense, n'arrivent pas à croire que leurs fautes, celles dont ils ont si honte, puissent être pardonnées : « moi, avec ce que j'ai fait ! » Pourtant, s'ils savaient que le Christ ne leur demande pas d'être parfaits mais d'établir une relation de confiance avec Lui. Jésus a donné sa vie pour nous sauver, pour nous réconcilier avec nous-mêmes et avec les autres.
Peut-être est-il nécessaire, avant de pouvoir “rentrer en soi-même”, d'être allé assez loin pour comprendre qu'on ne peut s'en sortir seul à la force du poignet. Cette prise de conscience ne peut se faire dans la bousculade. Du calme, du silence, du temps sont nécessaires à ce chemin d'ouverture à soi-même en vérité.

Se tourner vers Lui, dans la confiance et l'abandon n'est pas si facile si on ne se sait pas aimé, si on n'a jamais fait l'expérience d'une rencontre en profondeur avec quelqu'un qui écoute dans le respect de ce que nous sommes, qui ne juge pas. Un regard véritablement aimant fait découvrir que la patience, l'accueil et la disponibilité, l'ouverture et l'acceptation de soi ouvrent à la vie et remettent debout l'être blessé que nous sommes. « Va en paix ». Parole du prêtre, peut-être la parole la plus suave de notre existence venant comme un baume sur la blessure de notre péché, de notre refus d'aimer, pour la cicatriser et la transformer en joie de se livrer à l'autre...

Marie-Magdeleine, la “première” des apôtres, fit ce chemin. Elle qui, comme toute femme prostituée, était montrée du doigt, méprisée chez Simon le pharisien par ceux-là mêmes qui avaient usé de ses charmes, fit ce chemin de retour dans l'humilité et la confiance. Sûre de son amour et de son accueil, elle vint se mettre aux pieds de Jésus, toute en pleurs. Elle lui arrosa les pieds de ses larmes, et les lui essuya de ses cheveux. Elle les couvrit de baisers, et les oignit d'un somptueux parfum. Alors, Jésus s'adressa à tous ceux qui la méprisaient et leur dit : « ses péchés, ses nombreux péchés lui sont remis parce qu'elle a montré beaucoup d'amour ». Au plus profond de l'être de Marie-Magdeleine résonne encore la voix du Christ lui disant « ta foi t'a sauvée, va en paix » (Lc7, 47-50).

La tente de la Rencontre, dans les jardins du Trocadéro pendant les JMJ, fut ce temps et cet espace pour permettre à chacun de faire l'expérience de l'écoute et de la réconciliation au plus profond de l'être. À la sortie de cette tente, dans la danse et la fête, dans le même mouvement que celui du Père qui retrouve son fils perdu (cf. Lc 15, 22-24), nous avons pu exprimer notre joie des retrouvailles dans la fête de la Résurrection, et permettre à chacun de repartir vers ses frères avec la même joie que Marie-Magdeleine au matin de Pâques.



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