La glorification de la Trinité

dont tout provient et vers laquelle tout s'oriente
dans le monde et dans l'histoire

SI DIEU est Amour, alors Dieu est Trois et Un. Celui qui nous le fait comprendre c'est Jésus. Il nous introduit dans le mystère de la vie intime de Dieu, non pas dans un discours, mais par sa vie. Vie de Jésus découverte par les apôtres avant Pâques, vie de l'Esprit découverte après la Pentecôte.

Dieu est Un, car unique et unifié

« Dieu est unique. Il n'y a qu'un seul Dieu. » Cette affirmation va à l'encontre de toute idée d'un polythéisme où des dieux s'affrontent et divisent l'univers.
Mais si Dieu est unique, il est aussi unité. En lui il n'y a aucune division, il est unifié. L'affirmation du Dieu un, unique et unifié, signifie bien que Dieu est l'origine et la fin, qu'il est la source du monde et sa destinée. Ainsi “ aimer Dieu de tout son cœur, de tout son être et de toute sa force ”, c'est lui vouer un cœur et une vie, un comportement et une existence unifiés et sans partage. Et aimer son prochain comme soi-même lui est équivalent. La proclamation de l'avènement du Royaume de Dieu par Jésus va de pair avec cette unification de l'humanité, avec le rassemblement de tous dans le Royaume.

Cette unité divine comme l'unité à venir de l'humanité n'empêche pas la différenciation mais bien au contraire, elle la promeut, car l'amour oblige à la différence. Par excellence, cette différenciation se manifeste en Dieu que les chrétiens comprennent comme Trinité. Dire que Dieu se différencie en lui-même est bien le signe pour l'humanité que l'unité authenthique n'est ni une uniformité, ni une confusion, mais qu'elle est communion des différences.

Dieu invite à la communion des différences

L'Amour, la communion humaine n'est possible que parce qu'il y a des différences qui s'invitent à la rencontre. Des semblables ne communient pas, ils se copient et se reproduisent, ils se confondent ou se rejettent. Si Dieu est mystère de communion pour les chrétiens, c'est parce qu'en lui-même est inscrite la différence, et qu'il peut convier le différent, l'altérité à habiter avec lui.

Loin d'être un monolithe, une monade auto-suffisante et indifférenciée, le Dieu de Jésus est en lui-même différent, il est Père, Fils et Saint-Esprit. Il suscite les différences en lui et à l'extérieur de lui, il invite à la reconnaissance de celles-ci et à leur accueil pour permettre l'entrée en communion avec lui ou avec les autres. À l'opposé, la négation des différences provoque la distanciation ou le rejet de l'autre, elle crée des oppositions, des affrontements, des guerres.

L'autre devrait me ressembler, il devrait faire comme moi. Mais comme il ne le fait pas, je le rejette. Ou au contraire, je cherche à lui ressembler, à le copier, quitte à en perdre ma personnalité. Moi qui suis marqué par l'imperfection, le changement, la souffrance, je me fais en particulier une image d'un Dieu parfait, immuable et inaltérable, qui me devient inaccessible. Mieux encore, en cherchant à m'identifier à ce Dieu imaginaire, je le rends lointain, je l'éloigne et établis avec lui un rapport de soumission, rapport qui me protège de la véritable entrée dans la relation de confiance qu'il me propose. Je m'installe de moi-même dans un lien que j'interprète selon le binôme récompense et punition.
Cette quête narcissique du semblable, projetée sur Dieu ou sur les autres humains, est l'enfermement par excellence sur soi-même, là où au contraire l'homme est appelé à l'ouverture, à la rencontre et au dialogue. Jésus-Christ nous libère de cette représentation d'un Dieu dont la toute-puissance correspond au fantasme du désir sans limite, absolu, de l'homme. Il nous introduit dans une tâche, celle de la reconnaissance mutuelle à laquelle nous invite Dieu-Père par Dieu-Fils et dont la communion différenciée est signifiée et réalisée par Dieu-Esprit-Saint.

Cessant de s'imposer comme un rapport de concurrence, la rencontre véritable entre l'homme et Dieu peut s'instaurer, celle où similitude et différence ne se font pas peur. En acceptant de ne pas être Dieu, l'homme reçoit de Dieu d'être semblable à lui. En cheminant vers son humanisation, l'homme accède à sa divinisation. Humanisation et divinisation sont deux mots qui recouvrent chacun la même réalité de l'homme qui devient à son tour l'Amour qu'est Dieu.

L'homme accède à l'Amour que Dieu est en se reconnaissant comme fils. Il devient fils en invoquant Dieu comme Père et reconnaît ainsi qu'il n'est pas l'origine de son existence, qu'il ne peut jamais en devenir le maître. Établi dans la différence sans en avoir peur, Dieu ne lui “ sert ” plus à rien car il ne cherche plus à l'utiliser pour asseoir son imaginaire domination. Mais au contraire, il le sert vraiment en se mettant au service de ses frères. C'est ainsi qu'il va à la rencontre du Père, pour le connaître et l'aimer, pour expérimenter la communion d'amour. Respectueux de l'altérité divine, il vit dans la jubilation de pouvoir être en présence du Père et de jouir du festin des noces éternelles à sa place de fils, dans la communion de l'Esprit. « La vie éternelle c'est qu'ils te connaissent toi, le seul vrai Dieu. »

L'amour différencie et unifie

La foi en Dieu Trinité permet donc de dire que Dieu est Amour, tout en respectant son unité. Si Dieu est Amour, c'est parce qu'il est trois. Le Père n'est pas à lui seul l'Amour, il est la vie. Le Fils n'est pas à lui seul l'Amour, il est la vie reçue et accueillie. L'Esprit n'est pas à lui seul l'Amour, il est la vie échangée. Seul les trois ensemble, peuvent être dits l'Amour. L'Amour le plus authentique est donc ce dynamisme où le don de soi se fait dans l'accueil de l'autre qui se donne à aimer. Donner, recevoir et don sont inséparables. Ils sont trois et ils sont un.

Une autre façon de comprendre ce mystère est de voir que pour aimer il faut au moins être deux. En parlant de Trinité il n'est pas nécessaire de faire appel à un autre pour dire que Dieu aime. Dieu Père se donne en totalité au Fils, qui est pur accueil, totale ouverture au Père, et qui en recevant le Père qui se donne, se donne à son tour totalement au Père, qui l'accueille sans réserve et en qui il se plaît. Le Fils permet au Père d'être père en recevant le don que le Père fait de lui-même. Le Père permet au Fils d'être fils, car tout ce que le fils est, il le reçoit du Père.
Or, la capacité de donner et celle de recevoir nécessitent pour être effectives un troisième : le don lui-même, ce qui relie. Cette communion, où le mouvement éternel du donner-recevoir est possible par ce que chacun des deux permet à l'autre, se réalise dans le partage de ce troisième : leur amour unique qu'est l'Esprit Saint. Sans le don, les deux capacités vivraient un face à face sans échange, sans possibilité d'être donateur (le Père) et donataire (le Fils). L'Esprit, ce don mutuel, qui réalise la communion différenciée, est aussi celui qui se communique à ce qui n'est pas divin et s'ouvre sur la création.

L'unité divine, son unification est donc dûe aux Trois qu'il est. Si Dieu était seul en son unicité, il ne pourrait être dit l'Amour. Le mystère de l'amour divin peut donc s'approcher comme relation où l'origine de celle-ci est le Père, le terme est le Fils et, le lien, ce qui relie l'origine et le terme, est l'Esprit. Aucun des trois ne va sans les deux autres. Les trois sont un tout en étant parfaitement différenciés. C'est ainsi que l'Amour qu'est Dieu est nécessairement l'Unité et l'Unique.

À vivre cette unification, nous sommes tous invités. C'est l'Amour lui-même qui le propose à tout être qui accepte de l'accueillir, de le laisser ainsi combler sa vie. C'est là sa seule puissance, celle de pouvoir faire l'inlassable proposition de réconciliation qu'il est et, de pouvoir vivre sans impatience l'attente de la rencontre. La toute-puissance de l'Amour trinitaire est ainsi l'impuissance volontaire d'exercer une quelconque contrainte ou obligation. Elle reste une offre et un appel. Au cœur et à l'intelligence, qui la souhaite, la demande, ou l'implore, elle se rend disponible pour les conduire à leur vérité. Nous oublions trop souvent qu'elle-même ne peut agir que dans un être qui l'attend et l'invite parce que son mobile final est l'Amour authentique, qui ne saurait s'imposer. Heureusement pour nous, son dynamisme vital est tel qu'il ne se lasse pas de faire signe pour inviter à l'Amour. Il ne tient qu'à nous d'y être attentif et de s'y livrer, pour devenir à notre tour l'Amour, celui qui se réjouit des différences et les vit dans l'unité.



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