[Jubilatio]

XIIes Journées Mondiales de la Jeunesse, Paris 1997


Jean-Paul II

« Devenez des prophètes de la vie,
de l'amour et de la joie. »


Message de Jean-Paul II pour la Journée Mondiale de la Jeunesse 1996.
Prononcé au Vatican le 26 novembre 1995 en la fête de notre Seigneur Jésus-Christ,
Roi de l'univers.
Texte paru dans La Documentation Catholique du 4 février 1996, n° 2131.


Bien chers jeunes !


[] 1. "J'ai un très vif désir de vous voir, pour vous communiquer un don de l'Esprit, afin de vous rendre forts, je veux dire afin de nous réconforter ensemble chez vous, moi par votre foi et vous par la mienne." (Romains 1,11-12)
Les paroles de l'apôtre Paul aux chrétiens de Rome résument bien le sentiment qui m'habite alors que je m'adresse à vous tous en commençant la préparation qui mènera à la XIe Journée mondiale de la Jeunesse.
C'est en effet avec le même désir de vous rencontrer que je viens à vous par la pensée, en tout lieu de la planète, là où vous affrontez l'aventure intense, quotidienne, de la vie : dans vos familles, vos lieux d'étude et de travail, les communautés où vous vous rassemblez pour écouter la Parole du Seigneur et lui ouvrir votre coeur dans la prière.
Mon regard se tourne en particulier vers les jeunes qui sont impliqués au premier chef dans trop de drames qui déchirent encore l'humanité : ceux qui souffrent de la guerre, des violences, de la faim et de la misère, qui prolongent les souffrances du Christ ; par sa Passion, il est proche de l'homme oppressé par le poids de la souffrance et de l'injustice.

La Journée mondiale de la Jeunesse, comme c'est désormais l'habitude, se déroulera en 1996 dans les communautés diocésaines, dans l'attente de la nouvelle Rencontre mondiale qui, en 1997, nous mènera à Paris.

[] 2. Nous sommes désormais en marche vers le grand Jubilé de l'An 2000. Par la Lettre Apostolique Tertio millennio adveniente, j'ai demandé à toute l'Église de préparer ce rendez-vous par la conversion du coeur et de la vie.
Dès maintenant, je vous demande, à vous aussi, d'entreprendre cette préparation dans le même esprit et avec les mêmes buts. Je vous confie un projet d'action qui, basé sur les paroles de l'Évangile et correspondant aux thèmes proposés à toute l'Église pour chaque année, constituera le fil conducteur des prochaines Journées mondiales :

- en 1997 : "Maître, où habites-tu ? Venez et vous verrez" (Jean 1,38-39) ;
- en 1998 : "L'Esprit-Saint vous enseignera toute chose" (Jean 14,26) ;
- en 1999 : "Le Père vous aime" (Jean 16,27) ;
- en l'an 2000 : "Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous" (Jean 1,14).

[] 3. À vous, jeunes, j'adresse un appel particulier à regarder vers la frontière historique de l'an 2000, en rappelant que "l'avenir du monde et de l'Église appartient aux jeunes générations qui, nées au cours de ce siècle, arriveront à leur maturité au cours du prochain, le premier du nouveau millénaire... Si (les jeunes) savent suivre le chemin que le Christ leur montre, ils auront la joie d'apporter leur contribution à sa présence dans le prochain siècle" (Tertio mill. adv., 58).
Sur le chemin qui nous rapproche du grand Jubilé, la Constitution conciliaire Gaudium et spes doit vous accompagner : je voudrais vous la confier à nouveau, à tous, comme je l'ai déjà fait avec les jeunes de votre âge venus du continent européen, à Lorette, en septembre dernier : c'est un document précieux et toujours jeune. Relisez-le attentivement. Vous y trouverez la lumière pour déchiffrer votre vocation d'hommes et de femmes, appelés à vivre, en ce moment tout à la fois merveilleux et dramatique, en constructeurs de fraternité et de paix.

[] 4. "Seigneur, à qui irions-nous ?" Le but et l'objectif de notre vie, c'est Lui, le Christ, qui nous attend - chacun en particulier et tous ensemble - pour nous mener au-delà des limites du temps jusqu'à la manifestation de la tendresse éternelle de Dieu qui nous aime.
Mais si l'éternité est notre horizon d'hommes affamés de vérité et assoiffés de bonheur, l'histoire est la scène de notre engagement quotidien. La foi nous enseigne que le destin de l'homme est écrit dans le coeur et l'esprit de Dieu qui dirige le cours de l'histoire. Elle nous apprend encore que le Père remet entre nos mains la tâche d'entreprendre dès ici-bas la construction de ce "Royaume des Cieux" que le Fils est venu annoncer et qui trouvera son plein accomplissemnt à la fin des temps.
C'est donc notre devoir de vivre dans l'histoire, côte à côte avec nos contemporains, en partageant leurs angoisses et leurs espoirs, parce que le chrétien est et doit être pleinement un homme de son temps. Il ne s'évade pas dans une autre dimension en ignorant les drames de son époque, en fermant ses yeux et son coeur aux angoisses qui envahissent l'existence. Au contraire, il est celui qui, tout en n'étant pas "de" ce monde, est plongé chaque jour "dans" ce monde, prêt à courir là où il y a un frère à aider, une larme à essuyer, une demande d'aide à satisfaire. C'est sur cela que nous serons jugés !

[] 5. Nous rappelant l'avertissement du Maître : "J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez accueilli, nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez rendu visite, emprisonné et vous êtes venus me voir" (Matthieu 25,35-36), nous devons mettre en pratique le "commandement nouveau".
Nous nous opposerons alors à ce qui semble être aujourd'hui la "défaite de la civilisation" pour réaffirmer avec vigueur la "civilisation de l'amour" qui - seule - peut ouvrir aux hommes de notre temps des horizons de paix authentique et de justice durable dans la légalité et la solidarité.
La charité est la route maîtresse qui doit nous guider également vers l'objectif du grand Jubilé. Pour arriver à ce rendez-vous, il faut savoir se remettre en cause, en faisant un examen de conscience rigoureux, prémisse indispensable d'une conversion radicale, en mesure de transformer la vie et de lui donner un sens authentique, qui rende les croyants capables d'aimer Dieu de tout leur coeur, de toute leur âme, de toute leur force, et leur prochain comme eux-mêmes.
En confrontant votre existence quotidienne avec l'Évangile du Maître unique qui a "les paroles de la vie éternelle", vous serez en mesure de devenir d'authentiques ouvriers de paix à la suite du commandement qui fait de l'amour la "nouvelle frontière" du témoignage chrétien. Telle est la loi de la transformation du monde.

[] 6. Il faut avant tout que vienne de vous, jeunes, un témoignage fort d'amour pour la vie, don de Dieu, un amour qui doit s'étendre du début à la fin de toute existence et qui doit se battre contre toute prétention de faire de l'homme l'arbitre de la vie de son frère, de celui qui n'est pas encore né comme de celui qui se trouve sur le chemin du déclin, de la vie du handicapé et du faible.
À vous, jeunes, qui naturellement et instinctivement faites de "la soif de vivre" l'horizon de vos rêves et l'arc-en-ciel de vos existences, je demande de devenir des "prophètes de la vie". Soyez-le en paroles et par vos gestes, en vous rebellant contre la civilisation de l'égoïsme qui, souvent, ne voit dans la personne humaine qu'un instrument au lieu d'une fin, sacrifiant sa dignité et ses sentiments au nom du seul profit ; faites-le en aidant concrètement celui qui a besoin de vous et qui peut-être, sans votre aide, serait tenté de se laisser aller au désespoir.
La vie est un talent (cf. Matthieu 25,14-30) qui nous est confié pour que nous le transformions et le multiplions, en en faisant don aux autres. Aucun homme n'est un "iceberg" à la dérive dans l'océan de l'histoire ; chacun de nous fait partie d'une grande famille, dans laquelle il a une place à occuper et un rôle à jouer. L'égoïsme rend sourd et muet, l'amour ouvre tout grand les yeux et ouvre le coeur, rend capable d'apporter cette contribution originale et irremplaçable qui, à côté des mille gestes de tant de frères, souvent éloignés et inconnus, concourt à construire la mosaïque de la charité, capable de changer l'histoire.

[] 7. "Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle."
Quand, considérant que son langage était trop dur, nombre de ses disciples l'abandonnèrent, Jésus demanda au petit nombre qui était resté : "Voulez-vous partir, vous aussi ?", Pierre répondit : "Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle" (Jean 6,67-68). Et ils choisirent de rester avec lui. Ils restèrent parce que le Maître avait "les paroles de la vie éternelle", paroles qui, tandis qu'elles promettaient l'éternité, donnaient pleinement sens à leur vie.
Il y a des moments et des circonstance où il faut faire des choix décisifs pour toute l'existence. Nous vivons - vous le savez bien - des moments difficiles où il est souvent ardu de distinguer le bien du mal, les vrais maîtres des faux. Jésus nous a avertis : "Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom en disant : 'C'est moi', ou encore : 'Le moment est tout proche'. Ne marchez pas derrière eux" (Luc 21,8). Priez et écoutez sa parole ; laissez-vous guider par de vrais pasteurs ; ne cédez jamais aux vains espoirs et aux faciles illusions du monde qui, très souvent, se transforment en tragiques désillusions.
C'est dans les moments difficiles, dans les moments d'épreuve que l'on mesure la qualité des choix. C'est donc en un moment difficile que chacun d'entre vous sera appelé au courage de la décision. Il n'existe pas de raccourcis qui mènent vers le bonheur et la lumière. La preuve en est le tourment de tous ceux qui, tout au long de l'histoire de l'humanité, ont effectué une difficile recherche du sens de l'existence, des réponses aux questions fondamentales écrites dans le coeur de tout être humain.
Vous savez que ces interrogations ne sont rien d'autre que l'expression de la nostaligie d'infini que Dieu lui-même a semée au plus intime de chacun d'entre nous. Alors, c'est avec un sens du devoir et du sacrifice que vous devez marcher le long des routes de la conversion, de l'engagement, de la recherche, du travail, du volontariat, du dialogue, du respect de tous, sans céder devant l'échec, en sachant bien que votre force est dans le Siegneur, qui guide vos pas avec amour, prêt à vous accueillir comme il a accueilli l'enfant prodigue (cf. Luc 15,11-24).

[] 8. Chers jeunes, je vous ai invités à être "des prophètes de la vie et de l'amour". Je vous demande aussi d'être des "prophètes de la joie" : le monde doit nous reconnaître à cela : nous saurons communiquer à nos contemporains le signe d'une grande espérance déjà accomplie, celle de Jésus, mort et ressuscité pour nous.
N'oubliez pas que "l'avenir de l'humanité repose entre les mains de ceux qui sont capables de transmettre aux générations de demain des raisons de vivre et d'espérer (Gaudium et spes, 31).
Purifiés par la réconciliation, fruit de l'amour divin et de votre sincère repentir, travaillant pour la justice, vivant dans l'action de grâces à Dieu, vous pourrez être des prophètes crédibles et efficaces de la joie dans le monde, si souvent sombre et triste. Vous serez des annonciateurs de "la plénitude des temps", dont le grand Jubilé de l'An 2000 rappelle l'actualité.
La route que vous montre Jésus n'est pas commode ; elle ressemble plutôt à un sentier qui gravit la montagne. Ne vous découragez pas ! Plus la route est escarpée, et plus elle monte vite vers des horizons toujours plus vastes. Que Marie, l'Étoile de l'évangélisation, vous guide ! Comme elle, fidèles à la volonté du Père, parcourez les étapes de l'histoire en témoins mûrs et convaincants.
Avec Elle et avec les Apôtres, sachez redire à chaque instant la profession de foi en la présence vivifiante de Jésus-Christ : "Tu as les paroles de la vie éternelle !".

JEAN-PAUL II


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Message du 15 août 1996.
Lettre du 14 janvier 1997.


Mise à jour : 12 mai 1997.